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Créé le : 21/12/2009 19:49
Modifié : 21/12/2009 20:02

Garçon (35 ans)
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Extension du domaine des plates-formes

21/12/2009 20:02

Extension du domaine des plates-formes


Extension du domaine des plates-formes

Rodolphe HOUELLEBECQ

NB : On a respecté ici la convention houellebecquienne qui veut que le personnage principal porte le prénom de l’auteur. Néanmoins, la majorité des éléments apparaissant dans ce texte ne sont (presque) pas autobiographiques.

Rodolphe s’enfonçait peu à peu dans la dépression. Perdant goût à toute chose, il passait des heures recroquevillés sur son lit en position fœtale, ressassant les échecs et les remords des années passées. Il ne se levait plus qu’exceptionnellement, souvent pour aller déjeuner rapidement en ville, d’un sandwich chaud ou d’un menu premier prix dans un cantine chinoise sordide. L’extérieur, les autres, toute cette vie qui se poursuivait sans lui l’agressait, mettait ses nerfs dans un état d’excitation presque insupportable. Surtout, il ne supportait plus toutes ces jeunes filles trop maquillées, trop bien habillées, trop propre sur elles. Quand ils voyaient leurs lèvres colorées avec soin, ornées des nuances les plus subtiles, il ne pouvait s’empêcher de penser au nombre de bites qui les avaient franchies, arrachant les rouge à lèvre disposé avec tant de soin, ravageant ce maquillage si étudié. Ce qu’il aurait voulu, c’était baiser dans toutes ces bouches offertes, pulpeuses, colorées. Se faire sucer par toutes ces bouches, les violer, les pénétrer. Sans fin, jusqu’à l’extinction de toute jouissance. Une loi immémoriale semblait dicter que les errants, les fantômes d’humanité courant comme lui à travers les rues en quête de la satisfaction brève et fulgurante d’un simple besoin physiologique fondamental ne pouvaient avoir à ce plaisir suprême, jouir dans une de ces jeunes bouches de vingt ans, la maculer du sperme épais de celui qui s’est longtemps contenu, prisonnier de toute la société, du regard des autres, de lui-même et de ses propres inhibitions.
Tout cela n’était finalement que le biais de retrouver une jeunesse disparue trop vite. Il avait souvenir encore de ces filles de vingt ans qui lui avait offert ce présent quand il avait lui aussi vingt ans. Il n’avait pas su apprécier ce cadeau à sa juste valeur, et aujourd’hui qu’il courrait désespérément après ce souvenir, répugnant à payer pour en retrouver une pâle évidence (il avait essayé parfois, mais la déconvenue l’avait emporté sur le plaisir), il se sentait plus vieux, plus frustré, plus pervers que jamais.
Alors plutôt que d’affronter cette réalité, il préférait se cloîtrer, s’enfermer, prétexter mille maux imaginaires qui lui laissait loisir de se morfondre, de ne se préoccuper que de lui-même et de ses propres tout petits soucis, guettant les moindres signes de son corps susceptibles de symptomatiser une nouvelle maladie imaginaire qui lui donnerait un peu de sursis, retarderais d’autant l’obligation d’avoir à nouveau à affronter le vrai monde.
Progressivement, il acquérait une perception aiguë de toutes les parties constituantes de son organisme, comme d’autant de plates-formes superposées en lui, ingérant, digérant, battant, circulant, excrétant, jusqu’à se mêler entre elle en un accident cataclysmique qui les emboutissait, les écrasait, les digérait toute, les rassemblait dans un vaste sac organique empli de miasmes et d’acides, son corps qui accouchait peu à peu d’une unique boule de merde coincée au creux de son ventre et dont il savait que l’expulsion serait le seul moyen, pour lui, de retrouver une vie normale.

coeurdorizonCommentaire de coeurdorizon (10/05/2018 11:54) :

Très bon article, comme toujours. Il a le mérite de susciter le commentaire voyance gratuite en ligne

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Commentaire de salie001 (01/09/2021 10:41) :

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L'impromptu dHouplin sc. 1

21/12/2009 20:00



L’impromptu d’Houplin

D’à peu près Molière

Distribution :
JULIEN : un coach
FRANCOIS : un lapin crétin
RODOLPHE : un travesti
ALEXANDRE : un marquis fâcheux
MARIE-PIERRE : marquise façonnière
DELPHINE : prude
STEPHANIE : satirique spirituelle
MALAU: sage coquette
FANNY : servante précieuse
VICTOIRE : peste doucereuse

La scène est à Houplin, dans la salle des fêtes.

Scène première – Julien, François, Rodolphe, Alexandre, Marie-Pierre, Delphine, Stéphanie, Malau, Fanny, Victoire.

JULIEN seul, parlant à ses camarades qui sont derrière le théâtre – Allons donc, Messieurs et Mesdames, vous moquez-vous avec vos bavardages, et ne voulez-vous pas tous venir ici ? La peste soit des gens ! Hola, ho ! François !
FRANCOIS – Quoi ?
JULIEN – Rodolphe !
RODOLPHE – Qu’est-ce ?
JULIEN – Alex !
ALEXANDRE – Plaît-il ?
JULIEN – Marie-Pierre !
MARIE-PIERRE – Hé bien ?
JULIEN – Delphine !
DELPHINE – Qu’y-a-t-il ?
JULIEN – Stéphanie !
STEPHANIE – Que veut-on ?
JULIEN – Fanny !
FANNY – Qu’est-ce que c’est ?
JULIEN – Victoire !
VICTOIRE – On y va, on y va !
JULIEN – Je crois que je deviendrai fou avec tous ces gens-ci ! (François, Rodolphe et Alexandre rentrent) Eh ! tête-bleu ! Messieurs, me voulez-vous faire enrager aujourd’hui ?
FRANCOIS -  Que voulez-vous qu’on fasse ? Nous ne savons pas nos rôles ; et c’est nous faire enrager vous-même, que de nous obliger à jouer de la sorte.
JULIEN – Ah ! les étranges animaux à conduire que des comédiens amateurs ! (Marie-Pierre, Delphine, Stéphanie, Malau,  Fanny et Victoire arrivent)
DELPHINE – Eh bien, nous voilà. Que prétendez-vous faire ?
MARIE-PIERRE – Quelle est votre pensée ?
MALAU – De quoi est-il question ?
JULIEN – De grâce mettons-nous ici ; et puisque nous voilà tous habillés et que les gens ne doivent venir de deux heures, employons ce temps à répéter notre affaire et voir la manière dont il faut jouer les choses.
RODOLPHE – Le moyen de jouer ce que l’on ne sait pas ?
MARIE-PIERRE – Pour moi, je vous déclare que je ne me souviens pas d’un mot de mon personnage.
VICTOIRE – Je sais bien qu’il me faudra souffler le mien d’un bout à l’autre.
FANNY – Et moi, je me prépare fort à tenir mon rôle à la main.
DELPHINE – Pour moi, je n’ai pas grand chose à dire.
MALAU – Ni moi non plus ; mais avec cela je ne répondrais pas de ne point manquer.
STEPHANIE – Pour ma part, ne vous en déplaise, je sais mon rôle et suis prête à le jouer.
ALEXANDRE – J’en voudrais être quitte pour dix pistoles !
RODOLPHE – Et moi pour vingt coups de fouet, je vous assure !
JULIEN – Vous voilà bien malade d’avoir un méchant rôle à jouer ! Et que feriez-vous donc si vous étiez en ma place ?
VICTOIRE – Qui, vous ? Vous n’êtes pas à plaindre ; car ayant fait la pièce, vous n’avez pas peur d’y manquer.
JULIEN – Et n’ai-je à craindre que le manquement de mémoire ? Ne comptez-vous pour rien l’inquiétude d’un succès qui ne regarde que moi seul ? Et pensez-vous que ce soit une petite affaire que d’exposé quelque chose de comique devant une assemblée comme celle-ci ; que d’entreprendre de faire rire des personnes de si petites pensées, et qui ne rient que de fariboles sans grâce ? Est-il auteur qui ne doive trembler lorsqu’il en vient à cette épreuve ? Et n’est-ce pas à moi de dire que je voudrais en être quitte pour toutes les choses du monde ?
MALAU – Si cela vous faisait trembler, vous prendriez mieux vos précautions, et n’auriez pas entrepris en huit mois ce que vous avez fait.
JULIEN – Le moyen de m’en défendre, quand l’année nous est comptée ?
MALAU – Le moyen ? Une respectueuse excuse fondée sur l’impossibilité de la chose, dans le peu de temps que l’on vous donne ; et tout autre à votre place ménagerait mieux sa santé, et se serait bien gardé de se commettre comme vous faites. Où en serez-vous je vous prie, si l’affaire réussit mal ? Et quel avantage pensez-vous qu’en prendra toute la mairie ?
STEPHANIE – En effet, il fallait s’excuser avec respect et prendre du temps d’avantage.
JULIEN – Mon Dieu, mademoiselle, les amateurs n’aiment rien tant qu’une prompte exécution, et ne se plaisent point du tout à trouver des obstacles. Les choses ne sont bonnes que dans le temps qu’ils le souhaitent ; et leur en vouloir reculer la représentation est en ôter pour eux toute la grâce. Ils veulent pouvoir jouer sans attendre ; et la moindre préparation leur est toujours la plus agréable. Je ne dois jamais me regarder dans ce qu’ils désirent de moi : je ne suis que pour leur plaire ; et lorsqu’ils veulent bien quelque chose, c’est à moi de profiter vite de l’envie où ils sont. Il vaut mieux s’acquitter mal de ce qu’ils me demandent, que de m’en acquitter pas assez tôt ; et si l’on a la honte de n’avoir pas bien réussi, on a toujours la gloire d’avoir obéi vite à leurs commandements. Mais songeons à répéter s’il vous plaît.
DELPHINE – Comment prétendez-vous que nous fassions, si nous ne savons pas nos rôles ?
JULIEN – Vous les saurez, vous dis-je ; et, quand même vous ne les sauriez pas tout à fait, pouvez-vous pas y suppléer de votre esprit, puisque c’est de la prose et que vous savez votre sujet ?
RODOLPHE(à part à François et Alexandre) – Deul prose ?
DELPHINE – Je suis votre servante : ta prose est pire encore que les vers.
FANNY – Voulez-vous que je vous dise ? Vous devriez faire une comédie où vous auriez jouer tout seul.
JULIEN – Taisez-vous, ma femme, vous êtes une bête.
FANNY – Grand merci, monsieur mon mari. Voilà ce que c’est : le mariage change bien les gens, et vous ne m’auriez pas dit cela il y a 5 ans.
JULIEN – Taisez-vous, je vous prie !
FANNY – C’est une chose étrange qu’une pareille cérémonie soit capable de nous ôter toutes nos belles qualités, et qu’un mari et un galant regardent une même personne avec des yeux si différents.
JULIEN – Que de discours !
FANNY – Ma foi, si je faisais une comédie, je la ferais sur ce sujet. Je justifierais les femmes de bien des choses dont on les accuse ; et je ferais craindre aux maris la différence qu’il y a de leurs manières brusques aux civilités d’un galant.
JULIEN – Ahi ! laissons cela. Il n’est pas question de causer maintenant, nous avons autre chose à faire.

coeurdorizonCommentaire de coeurdorizon (10/05/2018 11:54) :

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Commentaire de salie001 (01/09/2021 10:41) :

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